Long week-end à Mendoza (première partie)

Mendoza, Argentine le 21/02/2012

 

Février-Mars en Argentine, c’est carnaval et vendimia (les vendanges), c’est l’occasion de nombreuses fêtes et jours fériés. C’est le cas ce week-end de quatre jours (18 au 21 février) ! Nous en profitons (Mathilde, Rubem, Kristen, Liz, trois amies des Etasuniennes et moi) pour aller visiter Mendoza, quatrième ville du pays dans la région du Cuyo (voir carte des itinéraires) qui regroupe les provinces de San Juan, San Luis et la Rioja. C’est une ville magnifique, animée et plaisante, célèbre pour ses vignobles et bodegas (Mendoza est la capitale Argentine du vin et assure 90% de sa production). Elle est surplombée par l’Aconcagua, sommet de la Cordillère des Andes qui culmine à 6 965 mètres d’altitude, ce qui en fait la montagne la plus haute du continent Américain et la troisième plus haute du monde.

            Nous prenons le bus à la gare routière à 21h30… (Bon, un peu plus tard en réalité, nous sommes en Argentine) et nous y passons la nuit entière. Le bus est plutôt confortable, il y a de l’espace, l’air conditionné et les sièges s’allongent à demi. Rien à voir avec mes 24h de bus béninois (dans lequel j’avais pourtant aussi bien dormi !). Nous arrivons à Mendoza vers 9h du matin et nous mettons en quête de notre hostel (sorte de bed and breakfast) que, bien évidemment, nous ne trouvons pas… Au fil du temps et des discussions avec les gens dans la rue, nous finissons par croire que cet hostel est un gros canular et qu’en réalité, il n’existe pas ! Si, si, je vous rassure, il existe et est même fort sympathique. Nous ne pouvons intégrer nos chambres qu’à partir de quatorze heures, nous décidons donc d’aller faire un petit tour dans la ville afin de découvrir les lieux. Dès le début, je suis sous le charme. Mendoza est beaucoup plus petite que Córdoba et offre la montagne en fond d’écran. Les rues sont chaleureuses et charmantes, animées de cafés, restaurants et magasins en tout genre. Il fait moins chaud qu’à Córdoba, ça fait du bien. Nous sommes huit, ce qui est beaucoup. Le clan se divise inévitablement en deux, ce qui correspond également à la répartition des chambres. Quatre Etasuniennes d’un côté ; Kristen, Rubem, Mathilde et moi de l’autre (plus cosmopolite^^). Nous avons une chambre spacieuse par rapport à celles des filles, dans laquelle elles se marchent dessus. Après le déjeuner, la douche et la sieste, nous tentons de nous mettre d’accord sur ce que nous allons faire de notre week-end. Comme vous pouvez l’imaginer, à huit, ce n’est pas chose aisée. L’hostel offre des excursions mais c’est un peu cher. Notre chambrée termine dans le parc de Mendoza, à environ trente minutes de marche puis nous retrouvons le reste de la troupe pour acheter quelques bouteilles de vin local. Dans la rue, nous rencontrons un monsieur propriétaire d’une sorte d’agence de voyage, qui propose des excursions à des prix plus abordables et nous fait une bonne réduction vu que nous sommes un groupe. C’est parfait. De plus, il ne cesse de complimenter les Françaises, comme beaucoup ici. Chaque fois, ça me fait plaisir mais je suis également un peu gênée pour mes autres compagnons. Après un petit tour au supermarché, nous préparons le dîner dans la cuisine commune de l’hostel. J’aime cette ambiance d’auberge où chacun fait sa popote et bavarde dans différentes langues, c’est convivial. Je suis épuisée, et nous ne nous couchons pas avant minuit pour être levés à 6h30. Le minibus est censé venir nous chercher à 7h30 pour une journée dans les Andes… Mais nous sommes en Argentine…

            A 8h30 donc, nous partons (avec quelques autres personnes sympathiques) à l’assaut de la Cordillère par la Route 7 qui relie Mendoza à Santiago du Chili. La route étant très étroite et les convois nombreux, dans le passé, elle était ouverte le matin de l’Argentine vers le Chili et le contraire l’après-midi. Ce n’est plus le cas aujourd’hui même si cette route est toujours beaucoup empruntée. Dans le même temps, nous pouvons observer les vestiges du Transandino, nom donné à la voie ferrée reliant Valparaíso (Chili) à Mendoza (Argentine), partiellement détruit par une tempête et dont la présidente actuelle a interdit la reconstruction pour le moment. Apparemment, un projet de tunnel est en discussion mais je ne vais pas m’y aventurer pour dire des bêtises. Le temps est brumeux et se rafraîchi plus nous prenons de l’altitude. Je me mords les doigts de ne pas avoir pris ma polaire. Mais comment ai-je pu ne pas y penser ? Peut-être parce qu’avec 40°C au sol, c’est assez peu aisé d’imaginer qu’il en fera 8 à 5 000 mètres d’altitude. Aïe ! A peine partis, nous crevons… re aïe ! Ma poisse internationale (combinée peut-être à d’autres poisseux internationaux) me poursuit. Mais heureusement, tout s’arrange rapidement. Ouf. Nous traversons la Précordillère ; qui est l’intermédiaire entre la vallée et la Cordillère ; en passant par Villaviciencio, qui est l’une des marques d’eau minérales les plus connues en Argentine. Depuis le début du XXème siècle, les eaux thermales qui surgissent de ses roches minières, sont célèbres pour ses propriétés curatives. Déclarée réserve naturelle en 2000, elle a appartenu jusqu’en 1475 à l’empire Incas et fut ensuite un lieu de passage des voyageurs en route vers le Chili. Son ancien hôtel luxueux (toujours sur pieds mais hors-service), construit entre 1934 et 1940, accueillit jusqu’en 1978, de riches familles venant profiter des eaux thermales.

            La guide nous explique tout ça en espagnol et je suis bien heureuse de constater que je comprends la plupart des choses qu’elle raconte. Comme j’ai oublié de prendre un carnet et un stylo (mais qu’est-ce qui m’arrive ?), j’écris tout ça sur mon téléphone portable, ce qui est loin d’être simple, surtout que je veux également profiter des somptueux paysages qui pénètrent si profondément mon âme que j’en ai les larmes aux yeux. C’est beau. Non, beau n’est pas le mot, il n’y a pas de mot. La route est vraiment très étroite et serpentueuse et il n’y a aucune barrière de sécurité : A chaque instant, nous flirtons avec le vide. Je suis tellement en extase devant cette merveille spirituelle que je ne prends pas le temps d’avoir peur. Environ deux heures après le départ, nous arrivons à Upsallata, premier grand village de la Cordillère (village qui abrite 40% de militaires), construit dans une vallée, attire en été les amateurs de rafting et trekking. Upsallata a également eu le privilège de recevoir Brad Pitt pour le tournage de Sept ans au Tibet.

            Nous montons ensuite jusqu’au Puente del Inca (le pont des Incas), qui est une formation géologique située dans un petit hameau perché à 2 720 mètres d’altitude. Il fut construit au fil des siècles par un amoncellement de neige et d’éboulis, solidifié par des dépôts de fer et de souffre contenus dans l’eau de la rivière. C’est donc un pont naturel qui surplombe le Rio Las Cuevas. Nous continuons à grimper, les paysages changent et les couleurs des montagnes diffèrent selon les minéraux qui les constituent. Le trafic s’intensifie également au fur et à mesure que nous approchons de la frontière chilienne, que nous atteignons quelques temps après être passés par le dernier village argentin qui compte huit habitants. Le lieu frontalier est symbolisé par el Cristo Redentor de los Andes, érigé à 3 832 mètres d’altitude à la demande du Pape Léon XIII. La statue fut inaugurée le 13 mars 1904 pour célébrer la paix et l’harmonie entre l’Argentine et le Chili qui se disputaient la position réelle de leur frontière commune. De part et d’autre de la statue, trônent cheveux au vent, les drapeaux des deux pays. Auprès du Christ Rédempteur, il faisait un froid mordant, comme si nous étions tout à coup passés en hiver.

 

Pour éviter de trop vous bourrer le crâne, je rédige ce récit en deux parties…

 

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